Les leçons d’ouverture économique de Theresa May

Sous une apparence conciliante, la première Ministre britannique a engagé aujourd’hui ce qui s’apparente à un bras de fer avec l’UE en confirmant la ferme volonté du gouvernement de mener à bien le processus de sortie du Royaume-Uni de l’UE, réfutant tout scénario intermédiaire.

Idéalement, le Royaume-Uni retrouvera toute sa souveraineté tout en négociant un nouveau pacte commercial avec ses partenaires et en pratiquant une politique d’ouverture internationale qui devrait aboutir à faire de l’économie britannique une grande nation commerçante mondiale.

Habile, Theresa May a ainsi consacré une large partie de son discours au caractère libre-échangiste de sa stratégie et du destin du Royaume-Uni. Pas question pour autant de briser les liens avec l’Europe à l’égard de laquelle elle envisage un accord commercial « audacieux et ambitieux » assorti d’un cadre particulier pour ce qui concerne l’Irlande. En somme, le Royaume-Uni sortirait de l’Europe pour être plus ouvert sur le monde et se donner les moyens d’aller plus loin sur la voie de l’ouverture, ce qui implique de ne plus être lié à l’union douanière ni aux tarifs extérieurs communs.

Au-delà des questions commerciales, l’objectif numéro un du gouvernement britannique reste cependant, le contrôle des flux migratoires. « Le Brexit doit permettre de contrôler les Européens qui viennent sur notre territoire » et de procéder à une immigration choisie. Pas question, en effet, de se priver des Européens qualifiés que le pays continuera à accueillir les bras ouverts. De même Theresa May se dit prête à continuer à collaborer avec les Européens sur les grandes initiatives scientifiques et à travailler en étroite collaboration en matière de politique étrangère et de défense.

Bonne amie, l’économie britannique pourrait donc aboutir à un accord préservant l’Europe de la perte que représentera son départ de l’UE, étant entendu que si le pays n’obtient pas gain de cause durant ces deux années de négociations, le gouvernement de Theresa May n’hésitera pas à prendre des mesures de rétorsion, en particulier en matière fiscale.

De la conciliation Theresa May a insidieusement glissé vers l’arrogance au fil de son intervention.

Que penser de tout cela ? À vrai dire, pas grand-chose, sinon :

  1. Que ce discours avait comme premier objectif de rassurer et de regonfler le moral des Britanniques. N’importe quel politique dans la même situation aurait opté pour une stratégie sans doute, peu ou prou, équivalente alliant détermination et assurance.
  2. Que les exigences formulées par Mme May sont assez largement irréalistes :
    • Si un « accord audacieux et ambitieux » est toujours envisageable, le fait est que ce nouveau cadre ne pourra guère se départir des règles qui lient les partenaires européens sur les tarifs extérieurs communs.
    • Par ailleurs, l’ambition de Theresa May ne laisse pas de surprendre pour un pays qui jusqu’alors a plutôt réalisé de piètres performances à l’exportation, trouvant l’essentiel de ses débouchés sur le marché européen. De fait, les exportations britanniques sont inférieures à celles de la France, quant au soutien jusqu’alors apporté par le reste du monde, à l’égard duquel le pays souhaite s’ouvrir, il est pour le moins réduit.
  3. Mais surtout, ce discours ne fait en rien avancer les choses, laissant ouvertes toutes les questions sur le déroulement des négociations à venir, leur issue et in fine les conséquences du BREXIT.
Partager ceci :
Share