L’inflation franchit l’objectif de la BCE en juin, pas de panique

Sans surprise, l’inflation a poursuivi son ascension en juin dans la zone euro, ressortant à 2 % en première estimation pour la moyenne de l’union monétaire, et au-dessus dans bon nombre de pays : 2,4 % en France (2.1% pour l’IPC national) 2.3% en Espagne et 2,1 % en Allemagne.

Avec un objectif officiel d’inflation « proche mais en dessous de 2 % », cette publication n’est pas anodine pour la BCE. Pour autant, il est peu probable que ces données bouleversent la donne. La BCE s’étant largement préparée à un excès temporaire d’inflation, à en juger par les propos de son président ces dernières semaines.

Notons à ce titre, que :

  • Comme en mai, l’accélération de l’inflation provient principalement des facteurs les plus volatils ; les prix de l’énergie, en hausse de 8 % (après 6.1 % en mai) et de l’alimentation, de 2.8 % en glissement annuel (après 2.5%). Au-delà, l’inflation sous-jacente ralentit de 1.1 % à 1.0 %, ce qui, soit dit en passant, vient questionner le scénario relativement optimiste de la BCE sur une accélération prochaine de celle-ci.

  • Les marchés financiers et nos prévisions valident ce scenario d’accélération temporaire de l’inflation. Il n’y a donc pas de décalage préoccupant des anticipations d’inflation pour la BCE. À prix du Brent inchangés (soit 78 $), le point haut de l’inflation en zone euro et en France devrait être atteint le mois prochain selon nos estimations (à respectivement 2.1 % et 2.2 %) avant d’entamer une décélération au second semestre. Sur le marché des swaps inflation, les anticipations visent une inflation hors tabac de respectivement 1.6 % et 1.3 %pour la Zone Euro et la France en mars 2019
  • Enfin, même en cas de hausse persistante des prix du Brent entrainant une inflation plus élevée qu’anticipé dans les prochains mois, le président de la BCE s’est prémuni contre toute réaction intempestive des marchés de taux et autres petites phrases de certains de ses collègues plus « faucons » au sein de la BCE, en indiquant que le niveau de ses taux directeurs ne bougerait pas avant l’été 2019. A la différence de la Fed, ceci offre une plus grande visibilité et une moindre volatilité sur les anticipations de politique de la BCE pour les prochains trimestres.

Inflation Euro vs. France, quelles perspectives ?

Depuis le début de l’année, l’inflation française est passée au-dessus de l’inflation européenne ce qui est relativement rare. En effet, à moyen/long terme, l’inflation française est inférieure de 0,2 % à 0,3 % à celle de la zone euro. Toutefois, l’impact de la taxe carbone et la hausse des prix du tabac ont créé un choc temporaire sur l’inflation française. Les prix de l’énergie en France croissent à un rythme de plus de 12 % en glissement annuel en juin contre 8 % pour la zone euro. De même, la hausse de 16 % l’an des prix du tabac contribue pour 3O points de base à l’accélération de l’inflation française depuis le début d’année.

Une fois ces effets dépassés, nos prévisions prévoient une décélération de l’inflation française plus marquée que celle de la zone euro, sous réserve toutefois d’absence de nouvelles hausses de taxes. Le ministre de l’économie a, en effet, insinué qu’une revue des « niches fiscales » était à l’étude en ciblant en particulier le taux de TVA réduit pour certains secteurs (rénovation habitat, hôtellerie/restauration à 10 %). L’annonce de tels ajustements dans la prochaine loi budgétaire remettrait en cause notre scénario sur l’inflation française….

 

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