Dépréciation du yuan, quel risque sur l’inflation en zone Euro ?

Depuis mi-juin, l’euro s’est apprécié de plus de 6 % par rapport au yuan, flirtant avec la barre de 8 yuans pour 1 euro, soit peu ou prou ses points hauts de l’été dernier. Le yuan comptant pour 23 % du taux de change effectif de l’euro, la glissade de la devise chinoise contribue donc à elle seule à l’apprécier de 1.5 % sur cette période. Ajouté à cela, depuis mi-2016, un certain nombre de devises asiatiques ont cherché à réduire leur volatilité par rapport au yuan. C’est le cas du won coréen ou du dollar singapourien dont les variations avec la devise chinoise ont évolué dans un corridor de plus ou moins 2.5 %.

Dans une moindre mesure, c’est aussi le cas pour le yen dont les fluctuations avec la devise chinoise évoluent dans une fourchette de plus ou moins 5 %. Potentiellement, les variations du yuan impactent donc près de 35 % du panier du taux de change effectif de l’euro et expliquent pourquoi le taux de change effectif de l’euro s’est renchéri de plus de 2 % depuis mi-juin. Ces tendances pourraient devenir un risque significatif pour les perspectives d’inflation de la zone euro si elles venaient à se poursuivre.

Selon nos estimations, qui sont proches de celles de la BCE, une variation du taux de change effectif de 10 % a un impact sur l’inflation à horizon deux ans de l’ordre de 1.1 % à 1.2 %. Cette appréciation de 2.0% depuis mi-juin fait donc déjà peser un risque à la baisse de l’ordre de 0.2 % sur les perspectives d’inflation. Ajouté à l’impact négatif des effets de base annuels en provenance de l’énergie, ces fluctuations des devises asiatiques pourraient, selon nos estimations, faire revenir l’inflation de l’union monétaire à un niveau proche des 1 % au deuxième semestre 2019. Dans le cas, d’une appréciation supplémentaire de 7 % à 8 % qui correspondrait à une appréciation de l’euro vers 8.5/8.6 CNY, son niveau support de 2014, le taux de change effectif pourrait se tendre de 2 à 3 % supplémentaires. Ce scénario ferait basculer l’inflation de la zone euro sous la barre des 1 % à horizon d’un an, correspond à un retour dans la zone de « risque de déflation élevé » pour la BCE.

Les importations de la zone euro en provenance de Chine sont constituées à 97 % de biens manufacturés. C’est donc sur les prix industriels que passe l’essentiel des effets des variations de changes sur les prix de l’union monétaire, donc sur l’inflation sous-jacente (hors énergie et alimentation) qui, à l’inverse de l’inflation totale, reste sur des niveaux faibles à 1 % l’an en juin.

C’est en particulier sur les prix des biens industriels que porte ce risque à la baisse et c’est leur évolution qu’il faudra scruter dans les prochains mois pour mesurer la réalité du risque déflationniste lié la dépréciation du yuan. En effet, les dernières années ont montré une corrélation entre l’évolution de ces prix et les variations à douze mois du taux de change avec le yuan. Toute dépréciation de ce dernier entrainant un ralentissement des prix des biens industriels avec six mois de décalage.

Depuis le début de l’année, les prix des biens industriels ont déjà surpris à la baisse, affichant un ralentissement en glissement annuel à 0.3 % en mai/juin contre 0.6 % à la fin d’année dernière. L’appréciation du yuan contre l’euro entre mars et juin a, toutefois, sans doute contribué à alimenter l’optimisme de la BCE sur un renversement de cette tendance et sur une accélération de l’inflation sous-jacente. Ceci pourrait bien être en train de changer.

Dans ses dernières prévisions macroéconomiques, la BCE anticipe une inflation stable à 1.7 % sur 2017/2019 malgré l’impact des effets de base sur les prix de l’énergie qui devrait à court terme entrainer un ralentissement. Elle le justifie à travers une accélération de l’inflation sous-jacente à 1.6 % et 1.9 % respectivement pour 2019 et 2020 qui retrouverait ainsi des plus hauts depuis 2007. Il est à craindre que la dépréciation du yuan, aujourd’hui à l’œuvre, ne remette en cause ce scénario, forçant la BCE à le revoir à la baisse dès le mois de septembre lors de la publication de ses nouvelles prévisions.

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