La BCE fait l’autruche… pour le moment

Sans surprise, la BCE a laissé l’ensemble de ses taux inchangés, confirmé la fin du QE pour cette année et le « forward guidance » sur une stabilité des taux jusqu’à l’été prochain.

Malgré l’accumulation d’indicateurs avancés en demi-teinte, le commentaire sur les perspectives de croissance et d’inflation est resté largement inchangé, la BCE gardant une posture résolument optimiste. Toutefois, derrière cette façade, semble se dessiner un début de prudence, M. Draghi insistant sur le fait que les risques sur la croissance sont « encore » équilibrés. Inquiétude au sujet des chiffres de PIB du deuxième trimestre, sur le risque de guerre des changes qui pousserait l’euro à la hausse et l’issue du conflit commercial avec les Etats-Unis ?

  • On rappellera que les prévisions de PIB de la BCE sont calées sur une croissance trimestrielle de 0.5 % entre T2 2018 et T4 2019. Le ralentissement de la croissance à 0.4 % au premier trimestre n’est perçu que comme un phénomène temporaire. Dès lors, la publication dans les prochaines semaines des chiffres du deuxième trimestre sera un facteur important pour la prévision de croissance de cette année, déjà révisée en baisse en juin à 2.1 % contre 2.4 % précédemment. Un chiffre de 0.2 % par exemple ferait glisser la prévision de croissance sous la barre des 2 %.
  • Par ailleurs, Mario Draghi a également mentionné l’appréciation du taux de change comme sujet de préoccupation. L’appréciation de 2 % du taux de change effectif en juin ajoute un risque à la baisse pour les prévisions à moyen terme, que ce soit pour la croissance ou l’inflation. Pour rappel, les estimations de la BCE indiquent qu’une hausse de 10 % du taux de change effectif a un impact négatif sur la croissance de l’ordre de 0.7 % et de 1 % à deux ans, respectivement sur la croissance et l’inflation. C’est donc un biais à la baisse de 0.1 % à 0.2 % sur la croissance et l’inflation que le scénario de septembre doit aussi intégrer.

En juin, la BCE s’était gardée de réviser ses prévisions d’inflation à la baisse malgré la correction apportée à celle sur la croissance 2018. Elle s’était appuyée sur l’impact de la hausse des prix de l’énergie et sur un discours optimiste à moyen terme sur la croissance. Il sera sans doute plus difficile de faire l’impasse en septembre si se prévisions de croissance sont une nouvelle fois écornées.

Cela est clef car le « timing » de remontée des taux est conditionné à celui de voir l’inflation revenir durablement vers l’objectif de stabilité des prix. Une révision à la baisse des prévisions de croissance et d’inflation à moyen terme impactera les anticipations du marché sur la politique monétaire à la sortie de l’été prochain.

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