A la tête de la BCE, les colombes conservent la main et ne concèdent que des ajustements cosmétiques

La question était : la BCE supprimera-t-elle de son communiqué son biais accommodant exprimé dans la formulation introduite en 2016 selon laquelle « si les perspectives deviennent moins favorables, ou si les conditions financières ne permettent plus de nouvelles avancées vers un ajustement durable de l’évolution de l’inflation, nous sommes prêts à accroître le volume et/ou à allonger la durée du programme d’achats d’actifs (asset purchase programme, APP) » au-delà du mois de septembre.

La BCE a opté pour la prudence tout en avançant ses pions d’un cran, symbolique. La référence à la possibilité d’accroître le montant de ses achats d’actifs a bien été supprimée, en revanche la partie soulignée dans la citation ci-dessus sur la possibilité de prolonger le programme actuel de 30 milliards par mois au-delà de la limite actuelle de fin septembre a été maintenue…

Le changement est habile. Sans doute nécessaires pour satisfaire les pressions de plus en plus insistantes d’une grande partie des membres de son board, les concessions faites par le clan des « colombes » emmené par le président de la BCE n’en sont pas moins minimales, la BCE refusant toujours de s’engager sur la mise à terme effective de ses opérations de rachats d’actifs après le mois de septembre. C’est dire si la prudence est de mise. De fait, si la BCE fait montre d’une confiance renforcée en matière de croissance, avec une prévision revue en légère hausse pour 2018, de 2,3 % en décembre à 2,4 % aujourd’hui, son confort à l’égard des perspectives d’inflation semble avoir été fragilisé ; avec une révision d’un dixième à la baisse de sa prévision d’inflation pour 2019, à 1,4 % au lieu de 1,5 %.

Bien évidemment, la BCE n’a aucun moyen de justifier avec précision un tel changement à échéance 2019, qu’il faut voir comme un pur exercice de communication destiné à indiquer ses doutes sur la convergence de l’inflation vers son objectif à horizon proche.

Au total, la communication de la BCE est assez proche de notre diagnostic (voir à ce sujet notre Humeur du Vendredi dernier) plutôt en retrait des attentes avec pour effet immédiat d’affaiblir le cours de l’euro dont l’indice synthétique baisse de 0,35 % après une réaction épidermique à la hausse au cours de la conférence de presse de M. Draghi. Dans la même logique, les taux futurs allemands retombent et s’affichent en repli par rapport à la séance d’hier tandis que les taux des pays périphériques baissent plus fortement, à la faveur d’un rétrécissement significatif des écarts de taux souverains intra-UEM. Une configuration saluée par les indices actions, y compris par le DAX, mal en point ce matin.

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