Impasse espagnole : une crise, vraisemblablement, durable

Difficile d’anticiper les développements à venir en Catalogne après la consultation de dimanche 1er octobre. Sur le papier, la Catalogne serait en mesure de proclamer son indépendance dans les tout prochains jours, conformément à la loi adoptée par le gouvernement catalan début septembre. La crise que pourrait déclencher une telle option invite toutefois certains observateurs et politiques à envisager une annonce dont les effets ne seraient effectifs que dans plusieurs mois, privilégiant ainsi la possibilité de négociations. Dans un cas comme dans l’autre, le vote du 1er octobre risque fort d’avoir ouvert une période de grande incertitude pour l’avenir de l’Espagne.

Ce que l’on peut redouter

Une proclamation de l’indépendance de la part des autorités catalanes devrait avoir automatiquement pour effet le déclenchement par Madrid de l’article 155 de la constitution espagnole qui donne au pouvoir central la possibilité de reprendre en main le contrôle de la région, qu’il s’agisse du gouvernement local, des forces de polices catalanes, ports ou autres infrastructures de la région. Inutile de dire qu’une telle évolution s’accompagnerait vraisemblablement d’une montée des antagonismes dont on peut légitimement redouter l’issue.

Madrid prendra-t-elle le risque d’imposer de nouvelles élections régionales, qu’elle peut, en théorie convoquer dans le cas présent ? Cela semble peu vraisemblable à en juger par les résultats de dimanche dernier et tout aussi risqué du point de vue politique.

La voie de la négociation est-elle encore crédible ?

En fermant la porte à la négociation avant le 1er octobre, le gouvernement espagnol a conduit le pays dans une impasse à partir de laquelle la reprise du dialogue sera assurément difficile. La médiation de la commission européenne, telle que demandée par le président Catalan, Puigdumont, apparaît en l’état l’option la plus sage, mais n’offre aucune garantie de succès.

Le risque d’une crise durable, ponctuée de tensions intenses et de grandes incertitudes est donc incontestablement conséquent. Relativement indemnes, jusqu’alors, tant le scénario d’une scission effective semblait peu vraisemblable, les marchés financiers ont commencé à prendre acte de la gravité de la situation en présence aujourd’hui. Sauf inflexion rapide de la position de M. Rajoy susceptible d’alimenter l’espoir d’une ouverture rapide de négociations, le risque est probablement significatif de voir les tensions sur les marchés espagnols s’exacerber dans les prochains jours, une évolution qui finira, le cas échéant, par réduire les marges de manœuvre de la BCE et peser sur le cours de l’euro .

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