Janet Yellen prend le contre-pied de Mario Draghi sur la reflation

Indiscutablement plus préoccupée qu’elle ne l’était apparue ces derniers mois par le reflux de l’inflation américaine, Janet Yellen pourrait avoir sonné la fin de la partie ouverte sur les marchés obligataires par les propos de Mario Draghi le 27 juin dernier.

À l’occasion de son allocution devant le Congrès, la présidente de la FED s’est montrée raisonnablement confiante dans la capacité de l’économie américaine à se maintenir sur la trajectoire d’une croissance persistante qui devrait, à terme, permettre de retrouver celle d’une inflation à 2 %. Elle n’a toutefois pas caché l’inconfort suscité par le bas niveau persistant de l’inflation de ces derniers mois et la rigidité des salaires à la baisse du taux de chômage, et l’incertitude occasionnée par une telle situation.

Soulignant qu’il y a des dangers à accepter une inflation durablement inférieure à l’objectif de 2 %, la FED a évoqué des hausses de taux plus graduelles que jusqu’alors anticipé et le fait que le niveau maximum des taux directeurs puisse se révéler beaucoup plus bas qu’au cours des cycles passés et peut-être peu éloigné des niveaux présents. À en juger par ses propos et les réponses aux questions posées, la probabilité d’une révision à la baisse des projections de la FED sur l’inflation et sur ses « dots » semble relativement élevée.

Bien que conforme à nos attentes, ce changement de cap a pris de cours les marchés qui, depuis le 27 juin, s’étaient convaincus d’un scénario légèrement plus agressif de hausse des taux de la FED que celui anticipé au cours des semaines précédentes. Après s’être redressés de plus de 25 points de base ces deux dernières semaines, les taux à 10 ans américains se sont repliés dans la foulée des propos de Janet Yellen pour clôturer à 2,32 % au lieu de 2,39 % vendredi dernier, après le rapport sur l’emploi du mois de juin, dans un mouvement de baisse des anticipations sur les marchés à terme qui ne pricent plus qu’à 51 % la probabilité d’une nouvelle hausse des taux de la FED d’ici la fin de l’année.

Ce changement de cap de la FED a toutes les chances d’amenuiser la portée des propos optimistes de Mario Draghi du 27 juin dernier. Quoi qu’il en soit de l’amélioration des perspectives conjoncturelles en zone euro, les marges de manœuvre de la BCE seront forcément réduites en cas d’arrêt du processus de hausse des taux américains (voir à ce sujet « La BCE n’est pas seule à bord » du 7 juillet), quand, par ailleurs, l’inflation en zone euro comme aux Etats-Unis devrait rebaisser significativement dans les prochains mois… De quoi, non seulement, redonner de l’attrait aux marchés obligataires mais, éloigner par là-même les craintes relatives à la possibilité d’un durcissement généralisé des conditions monétaires récemment apparues. Ce revirement constitue un incontestable soutien pour les marchés boursiers dans la situation en présence d’extrême abondance de liquidités.

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