La FED évoque l’éventualité de devoir passer en mode restrictif à un moment donné…

D’un caractère plus ‘faucon’ que ne l’avait laissé penser son communiqué du 21 mars, les minutes de la FED posent question dans le contexte d’instabilité en présence.

À leur corps défendant, les membres du FOMC n’avaient pas à leur disposition les informations que nous avons trois semaines plus tard : la menace protectionniste n’avait pas pris la tournure de ces deux dernières semaines, la situation en Syrie n’avait pas encore conduit là où nous en sommes aujourd’hui et, sur le plan économique, les données à disposition étaient également, un brin, plus engageantes :

  • les chiffres de l’emploi n’avaient pas subi les corrections intervenues avec la publication de la semaine passée,
  • les ventes de détail n’avaient pas enregistré leur troisième baisse consécutive
  • et l’environnement conjoncturel international pouvait encore sembler surfer sur la lame porteuse de la fin de l’année dernière…

De là à mentionner l’éventualité d’un nécessaire passage en mode restrictif à terme, il fallait, toutefois, aux membres de la FED une sacrée dose d’optimisme sur les développements à venir qui, s’il n’est pas flagrant dans l’analyse de la situation actuelle, transparaît dans les commentaires relatifs aux perspectives de plus long terme, notamment pour ce qui concerne les effets de la réforme fiscale, quand bien même la FED pondère son diagnostic du risque d’en surévaluer les effets.

De cette analyse sont nées les révisions à la hausse de son scénario de croissance et d’inflation et des projections de hausse des taux pour 2019, tout en conservant un scénario inchangé pour 2018, avec seulement trois relèvements de ses taux directeurs ; d’où la confusion qui s’en est suivie immédiatement après le FOMC (voir à ce sujet « Confusion du côté de la FED »).

Dans un monde où les plus grands enjeux économiques mondiaux semblent se régler à coup de tweets, les subtilités d’une communication réglée au millimètre au sujet, qui plus est, des perspectives 2019, devraient être amenées à perdre en influence. Contrairement à ce que pourrait laisser craindre la référence à un possible besoin de restriction monétaire à terme, les minutes de la FED ne suggèrent pas de risque de précipitation de la part de cette dernière, qui conditionne toujours son action à venir à la convergence effective des résultats à ses attentes. Il y a donc sans doute peu de risque d’un emballement intempestif des marchés à la seule révélation de ces minutes quand bien même, cette nouvelle posture n’est assurément pas pour faciliter la traversée d’une période de jour en jour plus compliquée sur les marchés financiers. Preuve de la distance de ces derniers, en dépit de la réaction négative des indices américains, les taux futurs n’ont guère réagi à la publication de ces minutes, conservant leur tendance à la baisse de ces deux derniers jours, y compris pour les T-Notes à 2 ans, en même temps que la courbe des taux 2-30 ans s’aplatissait d’un cran supplémentaire, à 67 points de base, et que le dollar s’effritait un peu plus…

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