Minutes de la FED – Un FOMC pour rien, ou presque

Difficile de tirer une quelconque indication des minutes du FOMC des 13 et 14 juin publiées ce mercredi, dans lesquelles le descriptif de la conjoncture américaine est tellement éloigné du diagnostic qui se dégage des dernières statistiques qu’il paraît déjà largement obsolète. Quel crédit apporter, en effet, au satisfécit qu’expriment les commentaires sur la croissance résolument plus soutenue du deuxième trimestre, sur « la production industrielle en hausse considérable en avril » ou encore sur la robustesse du marché de l’emploi, lorsque les estimations de la FED d’Atlanta sur le PIB de la période sont passées de 4 % à 2,7 % entre le début et la fin du mois de juin,

que la production industrielle a stoppé toute progression en mai alors que la production manufacturière se repliait de 0,4 %, ou que la plupart des indicateurs du marché de l’emploi se détériorent, le dernier en date relatif aux PME étant parmi les plus préoccupants ?

Reléguées au second plan, les interrogations sur le ralentissement de l’inflation pourront-elles de la même manière rester lettre morte quand l’inflation des prix à la consommation hors énergie et alimentation (PCE) est retombée à 1,4 % en mai, niveau de décembre 2015, au lieu de 1 ,8% en janvier et que la croissance des salaires est ressortie à 2,5% en mai, contre 2,8 % en début d’année ?

La FED aura assurément bien du mal à faire fi de ces tendances contrariantes. Qu’elle ait pu faire pencher la balance dans un sens favorable lors du dernier FOMC pour justifier sa décision de relever l’objectif de ses taux directeurs et donner plus de précisions sur ses intentions en matière de rétrécissement de son bilan ne doit pas tromper : la FED est dans l’embarras et le sera de plus en plus si la conjoncture ne se ressaisit pas sans tarder et que l’inflation poursuit sa tendance à la baisse comme tout le laisse penser. Alors que les membres du FOMC peinent à se mettre d’accord sur le début des opérations de réduction du bilan, il est fort à parier que ces difficultés ne feront que s’accroitre dans les semaines à venir et que les marchés auront de plus en plus de réticences à prendre pour argent comptant la confiance affichée. Tandis que les marchés de taux futurs n’intègrent plus qu’à hauteur de 18 % la probabilité d’une hausse des taux directeurs en septembre, et à 38% la probabilité d’un statu quo renouvelé en décembre, c’est bien sur cette dernière hausse de l’année que se concentre l’enjeu principal des prochains jours qui, selon toute vraisemblance, sera plus largement fonction des chiffres de l’emploi de vendredi, voire de ceux de jeudi sur l’emploi privé, que des minutes de la FED.

En d’autres termes le dernier FOMC aura été un coup pour rien, au détour duquel la FED aura néanmoins gagné un peu de temps pour renflouer son maigre pécule anti-crise de 25 points de base, peut-être la dernière occasion qu’elle aura saisie avant longtemps.

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