Repli généralisé des taux à long terme, les banques trinquent

L’environnement macro-économique et financier international n’avait pas besoin des interférences des banques centrales de cette semaine pour être déjà d’une rare complexité. La confrontation d’orientations de politiques monétaires opposées de la FED et de la BCE a densifié un peu plus l’écheveau financier, multipliant les anomalies et incohérences apparentes ainsi que les incertitudes qui en découlent. Parmi celles-ci, deux interpellent plus que toutes autres :

  • l’énigme de l’inertie des taux longs américains au triple constat du durcissement de la politique de la FED, du dérapage accéléré de la situation budgétaire américaine et d’une amélioration simultanée des perspectives conjoncturelles et de l’inflation ;
  • le décrochage des valeurs bancaires européennes et les questions que pose cet état de fait sur les perspectives de l’ensemble du marché.

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Beaucoup d’emplois, moins de salaires…Le rapport sur l’emploi de février devrait requinquer le dollar

C’est, a priori, le meilleur rapport que l’on pouvait escompter avec une solide vigueur des créations d’emplois en février (313K) et un mois de janvier révisé à la hausse (239K) sans stress d’inflation salariale :

  • la croissance annuelle des salaires est revue à la baisse 2,8 % en janvier et ressort à 2,6 % en février
  • le taux de chômage est stable à 4,1 % grâce à une remontée du taux de participation.

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Résultats industriels et réforme fiscale font bouger les curseurs des anticipations de taux aux Etats-Unis

La probabilité implicite d’une hausse des Fed Funds de 50 points de base, plutôt que d’un quart de point, le 13 décembre, fait son apparition à hauteur de 8,5 %, après les bons chiffres de production industrielle et le vote du projet de réforme fiscale par la Chambre des représentants.

La production industrielle américaine a enregistré en octobre une progression de 0,9 %, la plus forte depuis le mois d’avril, grâce à un rebond de 1,3 % de l’activité manufacturière. Pour partie explicable par l’impact des ouragans sur la demande de biens et les besoins de reconstruction, ces données n’en demeurent pas moins de qualité. À 2,5 %, la croissance sur douze mois de l’activité manufacturière, est la plus forte depuis le milieu de l’année 2014, quand bien même toujours très inférieure à ce que suggère le haut niveau de l’ISM manufacturier.

À cette bonne nouvelle du milieu de l’après-midi s’est ajouté celle du passage du projet de réforme fiscale à la Chambre des représentants ; une étape essentielle face à laquelle les chances d’un soutien au Sénat se trouvent incontestablement accrues, malgré d’importantes incertitudes persistantes sur ce dernier point.

Ces deux évolutions simultanées ont largement soutenu le rebond des marchés actions aujourd’hui, l’indice Dow Jones récupérant 0,8 %, à 23.458 points, tandis que le Nasdaq s’adjugeait une progression de 1,3 %. Sans effet majeur sur le taux de change du dollar, globalement inchangé contre l’euro et le yen, ces nouvelles ont néanmoins eu un impact beaucoup plus net sur les anticipations de taux. Pour la première fois, en effet, la probabilité implicite d’une hausse des taux de 50 points de base plutôt que d’un quart de point, le 13 décembre, a fait son apparition à hauteur de 8,5 %.

Il y a là un signal à surveiller de près qui, s’il ne se révèle pas éphémère, pourrait être précurseur d’un changement en profondeur des marchés de taux, à même d’évoluer vers une repentification de la courbe des rendements qui modifierait de nombreux aspects de la situation des marchés financiers dans leur globalité.

Si nous n’en sommes pas là, c’est bien dans cette direction que se dirigeront les regards avec à la clé l’anticipation d’un nouveau rallye éventuel des marchés d’actions internationaux et d’un rebond du dollar.