Une posture de la BCE difficile à justifier, à moins que…

Résolument « patient et persistant », M. Draghi calme le jeu, fait refluer l’Euro et les taux longs et dope les bourses européennes. Dans quel but ?

Comme largement anticipé par le consensus, la BCE a annoncé la prolongation de son programme d’achats d’actifs après le mois de décembre, à hauteur de 30 milliards d’euros par mois, contre 60 mds aujourd’hui. Toutefois, sauf cette mesure, rien dans les annonces de ce jour ne préfigure l’intention d’aller plus loin dans le processus de normalisation monétaire avant octobre 2018, un horizon suffisamment lointain pour contrer la montée récente des spéculations sur une fin programmée de la politique d’assouplissement quantitatif ou l’enclenchement d’un cycle de hausse des taux. Sur le premier point, la BCE n’exclut ni prolongation ni accroissement de son programme d’achats de titres, si besoin. Sur le second, elle ne donne aucune indication sur un éventuel calendrier de hausse de ses taux directeurs, se limitant à reprendre la phrase habituelle selon laquelle les taux conserveront leur niveau présent longtemps après l’arrêt de la politique quantitative.

De fait, la BCE conserve un cap très éloigné de celui de la normalisation de plus en plus largement escomptée par les marchés ces derniers mois. Comment l’expliquer ?

Mario Draghi ne s’est pas montré particulièrement prolixe sur le sujet, sinon pour répéter que l’inflation était encore éloignée de l’objectif de la BCE et le resterait en 2018 et qu’il fallait, dans de telles conditions, faire preuve de « patience et de persistance ».

Cette posture n’est assurément pas anodine dans un contexte de nette amélioration des conditions conjoncturelles plaidant assez largement en faveur d’une extinction plus rapide de la politique quantitative. Trois pistes s’ouvrent à nous :

  • La stratégie choisie vise uniquement à faire retomber le cours de l’euro ou à prévenir une appréciation additionnelle de la monnaie unique tirée à la hausse par la défiance montante à l’égard de la situation américaine d’une part, les vicissitudes britanniques à l’approche du Brexit et la réélection confortable de Shinzo Abe dont la stratégie monétaire est intacte, de l’autre.
  • Draghi est fondamentalement moins convaincu d’une amélioration suffisante de la situation économique pour assurer une normalisation de l’inflation, ce qui revient à considérer qu’il envisage le bas niveau d’inflation comme un phénomène plus structurel que passager.
  • La reflation des actifs financiers, que la stratégie adoptée aujourd’hui devrait incontestablement continuer de favoriser, devient un pilier de la politique monétaire.

Sans doute, chacun de ces trois points ont-ils simultanément participé à la décision prise aujourd’hui, chacun d’entre eux suggérant un changement significatif du mode de gestion de la politique monétaire aux conséquences de moyen-long termes potentiellement plus profondes que généralement considéré.

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