BCE : tout va bien !

Nous attendions un communiqué, « plus dovish, sans plus » ; Mario Draghi n’a aucunement donné le sentiment d’être préoccupé et, encore moins, celui d’être sur le point de modifier quoique ce soit à ses « guidances » de politique monétaire.

Idiosyncratique, c’est le nouveau terme à la mode et Mario Draghi n’a pas lésiné sur son utilisation :

Certes, le momentum de croissance de la zone euro s’est affaibli mais il s’agirait surtout du reflet d’éléments spécifiques, donc, vraisemblablement, transitoires : contrecoup de la règlementation anti-pollution sur l’industrie automobile allemande, normalisation de la croissance des exportations après une année 2017 particulièrement généreuse… Dans l’ensemble, la BCE ne voit pas dans ces éléments de quoi remettre en cause l’équilibre de la balance des risques ni les perspectives de la zone euro, toujours portées par :

  • un output gap positif
  • des politiques budgétaires plutôt procycliques
  • des perspectives de consommation soutenues par la robustesse des créations d’emplois et l’accélération des salaires négociés
  • des perspectives d’investissement des entreprises positives, conformes aux bons résultats des sociétés et à des conditions de financement toujours très avantageuses
  • une solide conjoncture immobilière.

Si Mario Draghi énumère les éléments de risques (protectionnisme, instabilité des émergents, volatilité des marchés financiers), cela semble surtout pour la forme et sans insistance. Enfin, sur le cas épineux de l’Italie, Mario Draghi cherche, à l’évidence, à rassurer. En citant tout d’abord les propos du vice-président de la Commission selon lequel « il y a les règles fiscales et le dialogue » puis en faisant part de sa confiance personnelle au sujet de la probabilité d’un accord.

S’agissant de l’inflation, Mario Draghi ne fait pas davantage preuve d’inconfort visible. L’inflation sous-jacente évolue peu mais reste supérieure à ce qu’elle a été dans le passé tandis que les fondamentaux en faveur d’une normalisation sont toujours en place : accélération des salaires, resserrement des conditions sur le marché du travail et hausses des taux d’utilisation des capacités, sont les trois piliers sur lesquels la BCE continue à établir son diagnostic d’une inflation amenée à converger vers son objectif. Sans mentionner les effets de base qui devraient faire remonter l’inflation sous-jacente au-dessus de 1 % en octobre (les prix s’étaient, en effet, repliés de 0,07 % en octobre 2017) Mario Draghi s’appuie sur la perspective d’une remontée de l’inflation sous-jacente pour rassurer et éluder la question des erreurs de diagnostics du scénario officiel.

Au total, rien ne semble affecter la BCE, qui apparaît, après cette conférence de presse, résolument confiante.

Les marchés ont été peu réceptifs à ces commentaires, intervenus au moment de la publication de données américaines plus influentes, notamment les commandes de biens durables dont la hausse de la statistique « headline » a surpris et stimulé le cours du dollar. La confiance affichée par le président de la BCE au sujet de l’Italie semble néanmoins avoir consolidé, sans plus, l’apaisement des tensions sur le marché de la dette italienne sur lequel les taux à dix ans sont revenus aux alentours de 3,50 %.

La position de la BCE est-elle tenable ?

Cela est peu vraisemblable. La communication de ce mois-ci semble surtout avoir été motivée par la volonté de contrer la baisse des anticipations d’inflation, l’amorce concomitante de révisions des anticipations de hausse des taux de ces derniers jours et le repli des taux futurs allemands. Difficile de parier sur la réussite de cet objectif dans l’environnement en présence de regain de volatilité sur les marchés financiers et d’indicateurs conjoncturels de jour en jour plus préoccupants pour les perspectives conjoncturelles de la zone euro. On suivra avec attention l’évolution des communications d’ici la prochaine réunion du 13 décembre au cours de laquelle la BCE pourra difficilement s’affranchir d’importantes révisions à la baisse de son scénario de croissance et d’inflation et précisera ses intentions en matière monétaire, notamment pour ce qui concerne sa politique de réinvestissement sur laquelle, à ce stade, rien ne filtre.

Partager ceci :
Share

Laisser un commentaire